L'IMC, ou indice de masse corporelle, est le chiffre le plus utilisé au monde pour situer la corpulence d'un adulte : il suffit de connaître son poids et sa taille pour l'obtenir en quelques secondes. Les médecins s'en servent pour repérer une maigreur, un surpoids ou une obésité, les autorités sanitaires pour suivre l'évolution de la population, et chacun peut le calculer chez soi. Sa simplicité est pourtant aussi sa faiblesse : il ne distingue pas le muscle de la graisse, ne dit rien de la répartition des graisses et doit être interprété autrement chez l'enfant, la personne âgée ou la femme enceinte. Cet article explique comment se calcule l'IMC, ce que signifient les seuils fixés par l'Organisation mondiale de la santé, quelles sont ses limites, comment on l'utilise chez l'enfant avec les courbes de corpulence et comment en faire bon usage, sans en faire un verdict.
L'IMC, un indicateur simple de la corpulence
Parmi les repères de santé et bien-être que l'on croise chez le médecin, sur une balance connectée ou dans un magazine, l'IMC est sans doute le plus répandu. On le retrouve sous son nom anglais, body mass index ou BMI, sur de nombreuses applications et montres connectées. Il ne mesure pas directement la graisse corporelle, mais établit un rapport entre le poids et la taille, qui reflète de manière approximative la masse grasse d'une population. Son grand intérêt est d'être gratuit, rapide, reproductible et comparable d'un pays à l'autre. C'est pour cela qu'il sert de base aux statistiques internationales et à de nombreuses recommandations médicales. Utilisé seul pour juger d'une personne, il peut en revanche induire en erreur, et les professionnels de santé le complètent toujours par d'autres éléments : examen clinique, tour de taille, histoire du poids au fil des années, bilan sanguin si nécessaire. Connaître ses forces et ses faiblesses permet de l'utiliser à bon escient, sans s'inquiéter à tort ni se rassurer trop vite.
Comment calculer son IMC
La formule est simple : on divise le poids, exprimé en kilogrammes, par le carré de la taille, exprimée en mètres. Le résultat s'exprime en kilogrammes par mètre carré, mais on omet généralement l'unité. Prenons une personne qui pèse 70 kg et mesure 1,75 m : sa taille au carré vaut 1,75 × 1,75, soit environ 3,06, et son IMC est de 70 ÷ 3,06, soit environ 22,9. Une personne de 85 kg mesurant 1,70 m obtient 85 ÷ 2,89, soit environ 29,4. Pour un calcul fiable, il vaut mieux se peser le matin, à jeun, en sous-vêtements, et mesurer sa taille pieds nus, dos contre un mur, plutôt que de se fier à un chiffre ancien inscrit sur une pièce d'identité. La taille diminue légèrement avec l'âge, ce qui peut modifier le résultat de quelques dixièmes. De nombreux calculateurs en ligne font l'opération à votre place, mais la formule de base reste la même partout, et la refaire à la main permet de comprendre ce que l'on mesure vraiment.
Une invention du XIXe siècle
L'indice porte en réalité le nom d'un savant belge, Adolphe Quetelet, astronome et statisticien, qui l'a proposé dans les années 1830 en cherchant à décrire l'« homme moyen ». Il constatait que, chez l'adulte, le poids variait à peu près comme le carré de la taille, d'où la formule encore utilisée aujourd'hui, longtemps appelée indice de Quetelet. Son objectif n'était pas médical : il voulait décrire des populations, pas diagnostiquer des individus. Il faudra attendre 1972 pour que le physiologiste américain Ancel Keys, après avoir comparé plusieurs indices sur de grandes cohortes, popularise l'appellation body mass index, traduite en français par indice de masse corporelle. L'Organisation mondiale de la santé a ensuite adopté l'IMC comme référence internationale pour définir le surpoids et l'obésité à la fin du XXe siècle. Cette histoire explique une partie de ses limites : c'est un outil statistique pensé pour de grands nombres, devenu au fil du temps un repère individuel.
À quoi sert l'IMC en pratique
Dans un cabinet médical, l'IMC sert d'abord au dépistage et au suivi. Calculé régulièrement, il permet de repérer une prise ou une perte de poids progressive que la personne ne remarque pas toujours, et d'ouvrir une discussion sur l'alimentation, l'activité physique, le sommeil ou un traitement. En santé publique, il sert à mesurer la fréquence du surpoids et de l'obésité dans la population et à évaluer l'effet des politiques de prévention. Il intervient aussi dans certaines décisions thérapeutiques : la Haute Autorité de santé retient par exemple des seuils d'IMC, associés à d'autres critères, parmi les conditions d'accès à la chirurgie de l'obésité, et certains médicaments sont réservés à des patients dont l'IMC dépasse une valeur donnée. Enfin, il est utilisé chez la personne âgée ou malade pour repérer une dénutrition. Dans tous ces usages, l'IMC est un point de départ que le médecin interprète à la lumière de l'examen clinique, des antécédents et d'autres mesures.
Les seuils de l'IMC définis par l'OMS
Pour l'adulte de 18 ans et plus, l'Organisation mondiale de la santé a défini une classification en plusieurs catégories, reprise en France par la Haute Autorité de santé et l'Assurance maladie. Ces seuils sont identiques pour les femmes et pour les hommes, ce qui est une simplification. Ils correspondent à des niveaux de risque observés à l'échelle des populations : au-delà de certaines valeurs, la fréquence de plusieurs maladies augmente nettement. Le schéma ci-dessous présente cette échelle, avec l'exemple calculé plus haut.
Maigreur et corpulence normale
Un IMC compris entre 18,5 et 24,9 correspond à une corpulence dite normale, c'est-à-dire à la zone où le risque de maladies liées au poids est statistiquement le plus faible chez l'adulte jeune. En dessous de 18,5, on parle de maigreur ou d'insuffisance pondérale ; l'OMS distingue une maigreur légère, modérée puis sévère à mesure que l'indice descend, la catégorie la plus basse commençant sous 16. Une maigreur peut être constitutionnelle, sans gravité chez une personne qui a toujours été mince et se porte bien, mais elle peut aussi révéler une maladie, une dénutrition ou un trouble du comportement alimentaire. Chez la personne âgée, la Haute Autorité de santé retient d'ailleurs un seuil plus élevé : depuis ses recommandations de 2021, un IMC inférieur à 22 fait partie des critères de dénutrition après 70 ans. Une perte de poids involontaire et rapide, quel que soit l'IMC de départ, est un signal qui justifie toujours de consulter un médecin.
Surpoids et obésité
Entre 25 et 29,9, on parle de surpoids chez l'adulte ; à partir de 30, d'obésité. L'OMS subdivise l'obésité en trois classes : modérée de 30 à 34,9, sévère de 35 à 39,9, et massive, parfois dite morbide, à partir de 40. Plus l'indice est élevé, plus augmente en moyenne le risque de diabète de type 2, d'hypertension artérielle, de maladies cardiovasculaires, d'apnées du sommeil, d'arthrose des genoux et de certains cancers. Ces associations sont établies sur de très grandes populations ; elles ne disent pas ce qui arrivera à une personne donnée, dont le risque dépend aussi de son mode de vie, de ses antécédents familiaux, de sa tension, de son taux de sucre dans le sang ou de son activité physique. Les autorités de santé considèrent l'obésité comme une maladie chronique à part entière, qui mérite un accompagnement médical bienveillant plutôt que des injonctions. Un IMC élevé est donc une invitation à faire le point avec son médecin traitant, pas une condamnation.
Des seuils à nuancer selon les populations
Les seuils de l'OMS ont été établis principalement à partir de données recueillies auprès de populations d'origine européenne. Or, à IMC égal, le pourcentage de graisse corporelle et le risque métabolique varient selon l'origine. Une consultation d'experts réunie par l'OMS a conclu en 2004 que, dans plusieurs populations asiatiques, le risque de diabète et de maladies cardiovasculaires augmente à des valeurs d'IMC plus basses, et a proposé des points d'alerte complémentaires à 23 et 27,5 pour guider la santé publique. Certains pays appliquent ces repères. À l'inverse, des personnes très musclées ou à forte ossature peuvent présenter un IMC élevé sans excès de graisse. Ces nuances ne remettent pas en cause l'utilité de l'outil, mais rappellent qu'un même chiffre ne signifie pas exactement la même chose pour tout le monde. C'est l'une des raisons pour lesquelles les médecins associent toujours l'IMC à d'autres mesures, à commencer par le tour de taille.
Les limites de l'IMC et les mesures complémentaires
L'IMC décrit une corpulence, pas un état de santé. Deux personnes au même indice peuvent avoir des profils très différents, l'une sportive et en excellente forme, l'autre sédentaire avec une graisse concentrée autour du ventre. Pour passer d'un chiffre à une démarche, mieux vaut s'intéresser à la gestion du poids corporel dans son ensemble, qui tient compte de l'alimentation, du mouvement, du sommeil et du stress. Trois limites de l'IMC méritent d'être connues : il ignore la composition du corps, la répartition des graisses et l'effet de l'âge.
Muscle, ossature et composition du corps
La formule de l'IMC ne fait pas la différence entre la masse grasse et la masse maigre, qui comprend les muscles, les os, les organes et l'eau. Un joueur de rugby ou un haltérophile, très musclé, peut ainsi afficher un IMC supérieur à 27 ou 30 sans aucun excès de graisse, et être classé à tort en surpoids. À l'inverse, une personne sédentaire, peu musclée, peut avoir un IMC normal tout en ayant une proportion de graisse élevée, situation parfois décrite comme une obésité à poids normal. Les balances dites à impédancemétrie, qui envoient un faible courant électrique dans le corps, prétendent estimer la masse grasse, mais leurs résultats varient beaucoup selon l'hydratation, l'heure de la mesure et le modèle utilisé : ils donnent une tendance plutôt qu'une valeur précise. Les examens de référence, comme l'absorptiométrie biphotonique, sont réservés à des contextes médicaux ou de recherche. Pour la vie quotidienne, l'observation de sa forme physique, de son essoufflement à l'effort et de ses vêtements reste parlante.
Le tour de taille, complément indispensable
La graisse accumulée dans l'abdomen, autour des organes, est la plus associée au risque cardiovasculaire et métabolique. Le tour de taille permet de l'estimer simplement : on le mesure debout, en fin d'expiration normale, avec un mètre ruban placé à mi-distance entre la dernière côte et le haut de l'os de la hanche. Les repères les plus utilisés en France considèrent que le risque augmente au-delà de 94 cm chez l'homme et de 80 cm chez la femme, et qu'il est nettement accru au-delà de 102 cm et de 88 cm. D'autres recommandations proposent de rapporter le tour de taille à la taille, avec pour repère de garder un tour de taille inférieur à la moitié de sa taille. En 2025, une commission internationale d'experts publiée dans la revue The Lancet Diabetes and Endocrinology a d'ailleurs recommandé de ne plus diagnostiquer l'obésité sur le seul IMC, mais de confirmer l'excès de graisse par une autre mesure et d'évaluer ses conséquences réelles sur la santé.
Âge, sexe et situations particulières
Avec l'âge, la masse musculaire diminue et la graisse tend à se redistribuer vers l'abdomen, sans que l'IMC change forcément : un indice stable peut donc masquer une perte de muscle, appelée sarcopénie, qui fragilise la marche et l'autonomie. Chez la personne âgée, la vigilance porte souvent davantage sur la dénutrition que sur le surpoids, et un léger excès de poids n'est pas toujours défavorable. Les femmes ont en moyenne une proportion de graisse plus élevée que les hommes à IMC égal, alors que les seuils sont communs aux deux sexes. Pendant la grossesse, l'IMC n'a plus de sens en lui-même : c'est l'IMC d'avant la grossesse qui sert de base pour estimer la prise de poids souhaitable, que la sage-femme ou le médecin adapte à chaque situation. Enfin, une amputation, une maladie qui provoque des œdèmes ou une très petite taille faussent le calcul. Dans toutes ces situations, l'interprétation par un professionnel de santé est indispensable.
L'IMC chez l'enfant et le bon usage de l'indice
Chez l'enfant et l'adolescent, l'IMC se calcule exactement de la même manière, mais ne s'interprète pas avec les seuils de l'adulte. La corpulence change en effet beaucoup pendant la croissance, et différemment chez les filles et les garçons. On utilise donc des courbes de corpulence établies selon l'âge et le sexe, imprimées dans le carnet de santé, sur lesquelles le médecin reporte chaque mesure. C'est l'allure de la courbe dans le temps, plus qu'une valeur isolée, qui renseigne sur l'évolution de l'enfant.
Des courbes plutôt que des seuils fixes
Les courbes du carnet de santé comportent des tracés de référence, issus de données françaises, et des courbes internationales élaborées par l'International Obesity Task Force, appelées IOTF. Les courbes IOTF 25 et IOTF 30 rejoignent, à 18 ans, les seuils adultes de 25 et de 30 : un enfant dont l'IMC se situe au-dessus de la courbe IOTF 25 est considéré en surpoids, et au-dessus de la courbe IOTF 30 en obésité. Le suivi repose sur des mesures régulières, au moins une à deux fois par an, prises par le médecin traitant, le pédiatre ou la médecine scolaire. Un IMC isolé, même élevé, ne suffit pas à poser un diagnostic : le professionnel regarde si la courbe reste dans son couloir habituel ou si elle change de trajectoire. Les parents peuvent eux aussi reporter les mesures dans le carnet, mais l'interprétation se fait avec un soignant, en évitant de commenter le poids devant l'enfant de façon culpabilisante, ce qui pourrait nuire à son rapport à l'alimentation et à son image de lui-même.
Le rebond d'adiposité, un repère clé
La courbe d'IMC d'un enfant suit un dessin caractéristique. Elle augmente pendant la première année de vie, puis diminue jusqu'à l'âge de six ans environ, avant de remonter régulièrement jusqu'à l'âge adulte. Ce point bas suivi d'une remontée est appelé rebond d'adiposité. Lorsqu'il survient plus tôt que prévu, par exemple vers trois ou quatre ans, il est associé à un risque plus élevé d'obésité ultérieure, même si l'enfant ne paraît pas en surpoids à ce moment-là. C'est pourquoi le suivi précoce de la courbe est si utile : il permet de repérer une évolution défavorable des années avant qu'elle ne soit visible. Face à une courbe qui s'emballe, la réponse n'est jamais un régime imposé à l'enfant, mais un accompagnement de toute la famille par le médecin, qui porte sur les repas, les boissons sucrées, les écrans, le sommeil et le temps passé à bouger, sans stigmatisation et avec l'appui, si besoin, de professionnels spécialisés.
Bien utiliser son IMC au quotidien
Pour un adulte, connaître son IMC est utile à condition d'en faire un repère parmi d'autres. Le calculer une ou deux fois par an, dans les mêmes conditions, et noter son tour de taille donne une image plus juste qu'une pesée quotidienne, qui reflète surtout des variations d'eau et peut entretenir une préoccupation excessive. Un changement notable, une prise ou une perte de plusieurs kilos en quelques mois sans raison évidente, mérite d'être signalé au médecin traitant, de même qu'une préoccupation envahissante pour le poids, qui peut traduire un trouble du comportement alimentaire et nécessite une aide spécialisée. Aucun régime ni complément ne devrait être entrepris pour atteindre un IMC cible sans avis médical, surtout en cas de maladie chronique, de grossesse ou chez l'adolescent. Les sites officiels, comme ceux de l'Assurance maladie ou de la Haute Autorité de santé, proposent des informations fiables pour aller plus loin et préparer la discussion avec son médecin.
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